lundi 25 avril 2011

Mon atelier

Le temps fut long avant que j’aie mon espace à moi, mon atelier.

Dans notre maison à Jonquière, il n’y avait de place que pour la famille. Chacun finit par avoir sa chambre, mais pour moi, prendre ma place n’était pas simple.

Au début, c’était la cuisine. Pour y peindre, je dressais mon chevalet près de la machine à laver et la sécheuse sur lesquelles je déposais mon matériel. À la fin de la journée, je devais tout ranger.

Quand ces électroménagers ont été déplacés à la cave, dans la chambre des fournaises, mon atelier a suivi. Mon père, qui finissait le sous-sol, installa dans mon nouveau réduit : un évier, une tablette pour déposer mon matériel et un grand chevalet mural qui me permettait de peindre des toiles de grandes dimensions. Espace et lumière réduites, mais avantage appréciable : je pouvais laisser mon travail sur place.

La grande pièce du sous-sol fut convertie par mon père en salle de jeu pour les enfants. Tricycles, tables, balançoires, jeux utilisaient tout l’espace y compris les coffres et les armoires. À l’adolescence, les enfants réinventèrent l’usage des lieux qui devinrent : dojo pour la pratique du judo par Yves et Jean ou court de tennis de table pour tous.

Le sous-sol changea de vocation lorsque les enfants s’envolèrent pour l’université. Ce fut pour moi l’occasion d’en faire enfin un vaste atelier.

Moment charnière pour moi, car ce fut à partir de là que je me suis sentie professionnelle dans mon métier d’artiste. J’avais enfin un espace aménagé selon mes besoins : un éclairage adéquat, une table-chevalet inclinable conçue par François et, grand luxe, un podium pour mes modèles! Dans les armoires, les jouets firent place aux vêtements et tissus dans lesquels je drapais au besoin mes modèles. C’était enfin mon atelier, mon sanctuaire. Interdiction à quiconque d’y descendre lorsque j’y travaillais. C’était du sérieux.

On n’osait plus me parler d’un beau passe-temps comme j’avais entendu trop souvent, parce que maintenant j’y consacrais tout mon temps. Je quittai l’enseignement des arts plastiques pour travailler à plein temps à ma production artistique. Au rythme d’une exposition solo tous les deux ans, les thèmes s’enchaînaient sans relâche. Les tableaux accrochés aux murs de mon atelier stimulaient mon imagination. Les commandes spéciales aussi.

Un jour, un éditeur me fit une demande inhabituelle : peindre quinze tableaux à l’huile pour illustrer un roman historique. Énorme défi, car le délai était court. J’ai dû travailler beaucoup plus intensément qu’à l’ordinaire. La jeune femme qui me servait de modèle pour l’héroïne du roman se fit heureusement généreuse de son temps. J’y suis arrivée. Je me souviens qu’après avoir signé le dernier des quinze tableaux, je me suis assise par terre, seule devant eux, et j’ai éclaté en sanglots. Exténuée, mais ravie du résultat.

Une rencontre avec le célèbre sculpteur Gérard Bélanger m’a donné le goût de mettre les mains dans l’argile et de tenter d’en tirer des formes. Je me lançai avec audace à sculpter le buste de mon petit-fils Laurent, mignon bambin de trois ans. Sa réussite m’encouragea à le couler dans le bronze. D’autres sculptures seront confiées par la suite aux fondeurs des Ateliers du bronze d’Inverness. C’est ainsi qu’en plus de Laurent, mes cinq petites-filles et Claude seront « bronzés » pour l’éternité.

Lors de notre déménagement à Québec, il allait de soi que je devais avoir mon atelier. Il fut supérieur à mes aspirations. Jamais je n’aurais imaginé un tel espace muni de larges fenêtres avec une terrasse donnant sur les plaines d’Abraham. Un immense tableau bucolique qui aura une incidence sur la présence florale dans mes compositions futures. Les tableaux de mes petits-enfants adolescents sont plus fleuris que ceux de la série que j’avais faite d’eux lorsqu’íls étaient enfants. Je les ai tous là autour de moi sur les murs de mon atelier comme autant de présences joyeuses.

Sur mon bureau, un ordinateur m’offre un nouveau médium : celui de peindre avec des mots. Écrire Souvenirs désordonnés et En pièces détachées m’a passionnée. Ces deux recueils furent édités et un troisième est en marche. Est-ce à dire que j’ai rangé mes pinceaux ?

Pas tout à fait. L’envie de jouer avec les vrais couleurs me prend de temps en temps. Et, comme j’ai promis à mes petits-enfants de les peindre adultes, il me reste encore une autre belle série à brosser. Je dois m’y mettre avant qu’ils ne soient eux-mêmes grands-mères et grand-père et que moi… je sois vieille!

Annie

En 1992, j’étais en quête de modèles pour un projet sur le thème de la musique. Le directeur du Conservatoire de Chicoutimi me donna l’autorisation d’observer ses élèves au travail.

Je déambulai d’un studio à l’autre à la recherche de sujets inspirants. Dans la section des cordes j’ai remarqué une violoniste et une violoncelliste qui correspondaient à mes critères. Une autre jeune artiste attira mon attention. Elle jouait de la contrebasse. Haute comme trois pommes, juchée sur un tabouret, elle me semblait ne pas correspondre à la taille de son instrument. Son visage radieux cependant me laisse croire qu’elle était tout à fait à l’aise.

Je profitai d’un moment de pause pour me présenter à elle et lui demander son nom.

Je m’appelle Annie, Annie Vanasse.

Comme il y a peu de famille de ce nom dans la région, je lui demande le nom de son père.

Il s’appelait Yves. Je ne l’ai pas connu de même que ma mère. Ils sont morts tous les deux dans un accident de voiture peu de temps après ma naissance.

J’allume vite et lui demande si sa mère ne s’appelait pas Michèle.

Oui. Vous la connaissiez ?

Incroyable! Je suis en face de la fille de Michèle et d'Yves Vanasse. Le décès tragique de ce couple quelques jours après la naissance de leur premier enfant avait bouleversé les gens du milieu judiciaire. Lui, avocat prometteur, et elle, brillante secrétaire des procureurs de la couronne de Chicoutimi.

J’ai bien connu votre mère puisqu’elle était la secrétaire de mon mari. C’était une femme que je trouvais très belle. Que de fois elle a accepté généreusement de me copier des documents personnels dans ses temps de loisirs!

J’explique à Annie la raison de ma présence au conservatoire. Je sens que mon projet l’intéresse. Elle sourit à l’idée de venir poser dans mon atelier. Une date est convenue pour ce faire.

Je la vois encore arriver chez moi au volant d’une spacieuse voiture familiale avec son immense instrument, elle si minuscule. Je ne peux m’empêcher de lui demander ce qui l’avait poussée à choisir la contrebasse. Une flûte n’aurait-elle pas été plus facile à transporter ?

Oui, mais elle n’aurait pas le son grave de cet instrument qui du plus loin que je me souvienne m’a toujours attirée.

Je pense que son style atypique m’a inspirée lors des séances de pose. Je crois avoir réussi d’elle des croquis et tableaux intéressants.

Souvent, au cours de ses visites, Annie me demandait de lui parler de sa mère. Elle connaissait peu de choses d’elle, parce que chez sa tante, la sœur de son père qui l’élève, on évitait d’évoquer le douloureux accident.

Je lui racontais certaines anecdotes comme celle de l’azalée que sa mère m’avait offerte peu de temps avant la tragédie. Mystérieuse azalée qui, à la mémoire de Michèle, refleurissait chaque année à la date de l’accident.

Quelque temps avant le vernissage, à ma grande surprise, Annie qui n’est pas encore majeure, m’annonce qu’elle veut acquérir un des tableaux que j’ai réalisés d’elle. Elle porte son choix sur le plus grand.

Ce sera un cadeau offert par mes parents grâce à l’héritage qu’ils m’ont légué.

Je suis encore touchée en évoquant ce souvenir.

Annie poursuit depuis une brillante carrière de musicienne professionnelle. J’ai eu le plaisir de la voir jouer plusieurs fois, soit avec l’Orchestre symphonique du Saguenay, soit avec l’Orchestre symphonique de Québec ou l’ensemble La Piéta d’Angèle Dubeau.

Annie a trouvé en la contrebasse un instrument à la hauteur de son immense talent.

Lettre à Maurice


Mon cher Maurice,

Lors de notre dernier voyage en Charlevoix, tu me dis, d’un air coquin, avoir une question à me poser. Intriguée, je prête l’oreille.

Pas tout de suite... quand nous serons seuls.

Rien pour me rassurer. Avide de savoir, j’ai vite fait de me présenter le lendemain, au petit-déjeuner, sachant que tu y serais à la première heure.

Et puis, cette question?

Avec un sourire inquisiteur tu me demandes:

Yvonne, comment s’appelait ton premier amoureux?

Claude, bien sûr.

Mais avant…

J’ai bien eu des petites amourettes, sans plus.

Des noms, des noms?

Laurent, Guy, Raymond…

Et… JEAN-LOUIS…?

Monsieur Dolbec?...

Tu évoquais là la plus belle histoire romanesque de mon adolescence.

D’où tiens-tu cela?

Je reviens d’une excursion de pêche avec un fils Dolbec qui m’a fait cette révélation.

Cette sortie mérite explication.

Voici donc, mon cher Maurice, l’histoire d’un amour impossible.

J’ai douze ans. Je dois poursuivre mes neuvième et dixième années au couvent du village. Ma sœur Claire accepte de me prendre en pension chez elle. Un autre pensionnaire y loge aussi. C’est Monsieur Dolbec, instituteur et collègue de mon beau-frère Alfred également instituteur. Assis au salon, un livre à la main, le pensionnaire porte son regard sur la jeune fille timide qui arrive. Il est beau, élégant et arbore un sourire énigmatique. Alfred me présente avec des qualificatifs excessifs. Je fonds.

À la table, ce soir-là, mon beau-frère, voulant sans doute me mettre à l’aise, y va de taquineries loufoques à mon endroit qui ont l’effet de me faire rougir d’avantage sous le sourire toujours énigmatiquement de Monsieur Dolbec.

C’est dans cet état d’esprit qu’a commencé ma cohabitation avec le beau pensionnaire. Son charme silencieux accentuait mon malaise.

Les jours se suivaient sans atténuer ma timidité envers lui. Dès que j’entendais ses pas sur la galerie, mon cœur commençait à battre. Et que dire du parfum délicieux qu’il laissait dans son sillage après sa toilette ? Sans en connaître le nom, j’en retiens le souvenir suavement enivrant.

Un jour, pour justifier ses sorties des bons soirs, il apprend à ma sœur qu’il fréquente une demoiselle Simard, une des plus belles filles du village. Je connais cette belle demoiselle qui est au surplus intelligente et distinguée.

Au cours de l’hiver, alors que je suis seule à la maison tout occupée à faire mes devoirs sur la table de la cuisine, monsieur Dolbec attire mon attention.

Je veux te montrer quelque chose.

Il sort de sa poche un écrin de velours bleu, l’ouvre et me montre la jolie bague qu’il va offrir à sa fiancée.

Essaie-là.

Troublée, les yeux dans l’eau :

Comme elle est chanceuse!

Loin de me consoler, il ajoute :

Peut-être que cette bague serait à toi si tu avais dix ans de plus.

Quelques années plus tard, alors que j’étais heureuse mariée, j’ai revu Monsieur Dolbec. Je lui ai dévoilé mon amour secret d’adolescence. Il a souri de l’air entendu de quelqu'un qui sait.

Voilà, mon cher Maurice, une page romantique de ma vie qui est loin d’être une histoire de pêche.

En toute amitié.

Yvonne

La palette de couleurs

Merveilleux outil, la palette de couleur est cette plaque percée d’un trou pour le pouce, sur laquelle le peintre dispose et mêle ses couleurs. De façon abstraite, on parle de la palette de couleur d’un artiste pour désigner l’ensemble des couleurs qu’il utilise ordinairement.

La palette sur laquelle je travaille depuis plus de cinquante ans est toujours lisse comme une neuve. Ce qui avait d’ailleurs étonné un journaliste venu m’interviewer dans mon atelier.

Comment faites-vous pour garder votre palette si propre ?

Je la nettoie. C’est tout !

Il existe bien des palettes jetables, sortes de tablettes en papier ciré dont on peut détacher les feuilles une à une après usage. Mais moi, je préfère ma palette en bois. J’aurais mauvaise grâce à délaisser cette alliée, témoin de toutes mes recherches. Et Dieu sait si elle en a vues de toutes les couleurs !

En fait, la palette c’est le support de l’artiste sur lequel il mélange les pigments jusqu’à l’obtention de la couleur désirée. Un dialogue sensible s’établit entre elle et lui. Avec son œil il évalue la justesse du ton alors qu’avec sa spatule il jauge la densité de la pâte. Si besoin est de la diluer, il ajoute un peu de médium solvant placé dans le godet accroché à la palette. Bref, la palette est un mini laboratoire de recherche.

Dans sa signification abstraite la palette désigne le choix des couleurs généralement utilisées par l’artiste. Elle devient alors grande révélatrice de sa personnalité et de son vécu. On n’a qu’à penser aux couleurs claires d’un Renoir heureux, aux tristes compositions d’un Schiele tourmenté, aux coloris éclatés d’un Pellan joyeux, pour deviner l’état d’esprit qui les habitait.

La palette d’un artiste évolue au fil des ans. Picasso avant sa démarche cubiste aura ses périodes successives de bleu et de rose. Dans la première, il dépeint des scènes graves. Dans la seconde, il exprime sensualité et tendresse. Borduas, coloriste au début, devient sombre à la fin. Il ne peint alors que de grandes taches noires sur fond blanc, tristement surnommées par les critiques : « peaux de vaches ».

Révélateur de l’âme, la palette ne peut mentir. Elle brosse à sa manière la vie de l’artiste. Si je regarde l’évolution de ma propre palette, je vois que mes couleurs timides du début s’affranchissent progressivement. Dans mes derniers tableaux, dédiés à mes petits-enfants, les fleurs abondent. Signe manifeste de mon bonheur.

Moi, mes souliers

Qui m’aurait dit que mes souliers de tango acquis à Québec me seraient échangés en Argentine?


Je les avais achetés de notre professeur de tango qui revenait d’Argentine. Je m’étais laissée séduire par un modèle en cuir verni. Un peu serrés, mais si élégants. À l’usage ils devraient se distendre m’avait-on dit. Le lendemain, un nouvel essayage à la maison me prouva mon erreur. Je les rangeai dans l’oubliette de la garde-robe.

Sept ans plus tard nous projetons d’aller en Argentine. Notre ami Hugo vient nous visiter en compagnie de son amie Alexandra, une jeune femme de Buenos Aires, pour nous aider à planifier notre voyage. Nous prenons note de leurs judicieux conseils, des lieux à ne pas manquer, des articles à acheter comme des pulls en alpaga, des falcons, des souliers de tango…

Ma mémoire s’éveille : « mes souliers! »

Je cours les chercher pour leur montrer et leur raconte mon achat raté d’il y a sept ans. Alexandra reconnait la marque :

Ce sont des Flabella? C’est là que j’achète les miens rue Suipasha. Apportez-les, ils vont vous les échanger.

Incrédule, je les mets quand même dans ma valise.

Le hasard fait bien les choses. À Buenos Aires nous réalisons que la rue Suipasha est tout près de notre hôtel. Nous décidons de tenter notre chance chez Flabella. J’apporte avec moi les souliers. Dès l’entrée dans la boutique nous sommes impressionnés par la variété des souliers de tango qu’on y offre. Nous sommes reçus chaleureusement par le couple propriétaire des lieux. Rassurée par cet accueil, j’explique à la dame la raison de ma démarche et lui montre les souliers. Elle reconnaît tout de suite qu’il s’agit bien d’un produit de leur maison. Elle accepte de les échanger.

Nous n’en avons plus de ce modèle mais nous en avons beaucoup d’autres qui devraient faire votre affaire.

Je trouve facilement les chaussures de remplacement. La dame les glisse dans mon sac qu’elle me remet avec le sourire entendu d’un marché conclu.

Ce n’est pas tout, madame. J’aimerais essayer les souliers rouges exposés dans la vitrine.

Manifestement je lui fais plaisir… et à moi aussi… car à l’essai ils me vont à ravir. Achat conclu.

C’est au tour de Claude d’intervenir.

J’aimerais essayer le modèle classique que je vois là.

Pour lui aussi l’essai fut convainquant d’autant plus que la charmante dame accepta de bonne grâce son invitation à exécuter quelques pas de tango dans ses bras sous les yeux amusés des clients.


Nous venions dans cette boutique pour échanger une paire de souliers, nous en ressortons joyeusement avec trois. Viennent les milongas de Québec!

Moi, mes souliers ont beaucoup voyagé…

Anachronisme

En voyage autour du Mont Blanc avec le groupe Ségal, nous visitons le 12 septembre 2010 la ville d’Aoste, qui possède un important patrimoine romain dû à sa position d’avant-poste de la traversée des Alpes.

Un guide compétent aussi passionné que passionnant nous fait voir les nombreux vestiges de l’époque romaine ainsi que les monuments des siècles qui ont suivi.

Au portique de l’église Saint-Ours, une mendiante accroupie au bas des marches nous tend la main. Elle semble porter des millénaires de misère humaine sur son dos voûté. Je suis touchée et lui donne une aumône qu’elle accueille sans manifester d’émotion.

À la fin de la visite guidée, notre groupe se rassemble sur la place. Une sonnerie de téléphone attire mon regard en arrière. Que vois-je? À mon grand étonnement, je vois la mendiante du portique se lever prestement, se placer en retrait et sortir de sa poche un cellulaire avec un large sourire.

Image anachronique d’une mendiante au cellulaire sur fond de ruines romaines… C’est à en perdre connaissance.

Énigme

Nous montons les premiers dans le car de touristes qui nous mènera au sommet des Andes. Nous prenons place en avant afin d’avoir une vue panoramique sur le paysage. La route sera longue et pittoresque depuis Mendoza jusqu’à Las Cuevas, le plus haut sommet des Amériques.

Le car continue sa cueillette de voyageurs. Au dernier hôtel monte un seul passager, un beau grand jeune homme dans la vingtaine, vêtu de blanc, tenue sport griffée. Élégance remarquable.

Dès la première marche il regarde Claude et le gratifie d’un sourire engageant. Tandis qu’il remet son billet au chauffeur je vois les chaines en or qu’il porte au cou et au poignet.

Qui est ce personnage? Énigme.

À l’heure du lunch, arrêt à la montagne Pénitentes et à son centre de ski. Nous choisissons une table avec vue sur la montagne. Le jeune solitaire se place à distance de façon à pouvoir nous regarder, ce qu’il ne manque pas de faire à plusieurs reprises.

À la longue pause qui suit au Pont des Incas, il s’adosse au garde-fou et suit Claude du regard tandis que nous marchons dans les gradins. De même devant les boutiques où nous marchandons les foulards en alpaca, il ne cesse de regarder de notre côté. Il n’achète pas, il observe.

Je m’étonne du mutisme de Claude. Habituellement il engage la conversation avec les voyageurs. Ici, rien. Malaise peut-être?

Je ne rêve pas. Au sommet de Las Cuevas, l’énigmatique personnage prend des photos où, mine de rien, Claude est dans sa mire.

Retour à Mendoza. Le car ramène chaque passager à son hôtel. Le bel éphèbe descend le premier au chic palace où il loge. Dernier regard vers Claude.

L’énigme demeure.

Me viennent en mémoire des images de Mort à Venise de Visconti.

Albertine

Elle est arrivée chez-nous en même temps que moi. Elle avait vingt-cinq ans et moi cinq jours. Ma naissance avait affecté lourdement la santé de ma mère. Une tante lui passa Albertine pour lui venir en aide. Il semble bien que celle-ci se sentit à l’aise chez nous puisqu’elle y est restée cinquante ans.

Albertine est née à Amqui dans la vallée de la Matapédia. Orpheline de mère, elle s’était donnée à douze ans comme bonne à notre tante qui était voisine.

C’était un personnage hors du commun. Discrète, voire même un peu sauvage, elle s’éclipsait dès qu’il arrivait de la visite. Même le téléphone l’intimidait. Je me souviens qu’un jour où elle gardait, devant l’insistance de la sonnerie, elle leva l’acoustique (le combiné) et cria : « Y a personne! »

Elle ne s’assoyait jamais avec nous à la table. Elle préférait manger, son assiette en mains, assise au bas de l’escalier ou debout devant l’évier de la cuisine.

Vaillante et forte, les grosses besognes ne la rebutaient pas au point de les revendiquer parfois. Elle laissait le fignolage aux p’tites mains blanches.

Par ailleurs elle savait d’instinct reconnaître les gens vrais. Jusqu’à dire parfois après un simple regard :

Y m’ va pas à la face lui...

Son côté rustre dissimulait une tendresse protectrice envers les enfants. Nous aussi, les enfants, l’aimions. Il lui arrivait parfois d’emprunter un ton bougon pour nous réprimander, mais nous savions que ce n’était pas méchant.

Je me permets à ce propos de rappeler l’anecdote que j’ai déjà racontée du jour où, à l’âge de trois ans, j’avais échappé à sa surveillance. Elle me chercha désespérément et me découvrit dans le poulailler en train de regarder une poule pondre son œuf. Elle poussa des hauts cris à la mesure de son angoisse:

Ousse que t’es? A-t-on idée de r’garder un derrière de poule! Viens t’en à la maison!

Son affection se manifestait aussi en permettant aux petites de dormir avec elle dans son lit les soirs d’orage.

Elle avait aménagé sa chambre dans un coin du grenier donnant sous une lucarne. Quand on en ouvrait la porte une odeur de clou de girofle se dégageait.

Ça empeste moins que les boules à mites.

C’est beaucoup plus tard que j’ai appris les vertus antimites de cette épice.

Albertine n’était jamais allée à l’école. C’est chez-nous qu’elle apprit à lire et à écrire en même temps que nous. Un de ses plaisirs du dimanche était de nous demander de lui donner une dictée.

Facile, demandait-elle. Arrive-moi pas avec des mots que j’comprends pas…

C’était aussi le dimanche qu’elle nous faisait du sucre à la crème. Nous la regardions avec délectation brasser le contenu de la casserole sur le poêle. Une fois le sucre à la crème versé dans la lèchefrite, moment attendu, elle invitait les saffres à gratter le vaisseau.

Elle affectionnait feuilleter le catalogue de Dupuis et Frères. Il lui arrivait quelques fois de montrer bien timidement à maman un vêtement dont elle avait envie. Ordinairement ses vœux étaient exaucés, car elle était si peu exigeante.

Albertine demeura chez nous tout le temps de notre famille et continua de prêter main forte à la famille nombreuse de mon frère Charles-Eugène qui suivit. C’est dans le don qu’elle se réalisait.

À l’aube de ses soixante-et-quinze ans, elle demanda à mon frère d’écrire une lettre :

Tiens, v’là du papier, une enveloppe et un timbre. Tu vas écrire à mon frère Albert que j’aimerais ça r’tourner vivre en Gaspésie.

Charles-Eugène fut pour le moins étonné, car Albertine n’avait jamais communiqué avec les siens et elle n’en parlait jamais.

Votre famille est élevée, vous n’avez plus besoin de moi. J’veux r’tourner à Amqui. J’connais pas l’adresse, mais écris « Albert Lavoie, Amqui ». Si y est encore en vie, y devrait recevoir la lettre.

Une réponse affirmative lui parvint peu de temps après. Albert se disait heureux de la savoir vivante. Et, si telle était sa volonté, sa femme et lui seraient d’accord pour l’accueillir.

Quand Charles-Eugène est allé la conduire à Amqui, il a été rassuré en voyant les grandes qualités de cœur d’Albert et de sa femme.

Quelques années plus tard, Sophie (la petite dernière de mon frère) s’est rendue à Amqui. Elle a constaté qu’à quatre-vingt-huit ans Albertine vivait toujours avec Albert et sa femme. Trois vieux encore alertes, heureux et partageant entre eux tâches et souvenirs.

Tels les saumons de la Matapédia, Albertine était remontée finir ses jours à son lieu d’origine.

Testament

Charles-Eugène, mon grand frère et parrain, était l’ainé de la famille et moi, la cadette. Nos quinze ans d’écart lui donnait à mes yeux une aura de sagesse et d’autorité plus proche du père que du grand frère. Jeune, je ressentais une certaine gêne devant lui. Gêne qui, au fil des ans, s’est transformée en affection et admiration.

Il était solide de corps et d’esprit. Ce n’est qu’à l’aube de sa quatre-vingt-dixième année qu’il marqua des signes irréversibles de déclin.

J’allai le voir à l’hôpital de Métabetchouan en septembre 2006. Je le vois tout maigris dans un fauteuil près de son lit.

Que je suis content de te voir ma chère filleule! Viens tout proche, j’ai une belle histoire à te raconter.

Je sens que ce qu’il veut me dire est important.

J’avais quinze ans. J’étais pensionnaire au séminaire de Chicoutimi. C’était durant la semaine sainte. Le supérieur me convoque à son bureau. Il m’informe qu’à la suite d’un coup de fil de mon père il m’investit d’une mission spéciale, celle de rapporter dans ma famille un trésor.

Me voyant intrigué, il m’explique qu’il s’agissait de ramener ma petite sœur qui avait été placée depuis sa naissance chez tante Yvonne à Chicoutimi suite à l’hospitalisation prolongée de notre mère. Une épidémie de rubéole sévissait à Chicoutimi. Il fallait protéger le bébé de toute contagion.

C’est ainsi que j’ai pris le train ce soir-là en emportant dans mes bras une petite merveille de neuf mois.

En autant que je me souvienne, elle n’a pas pleuré du voyage. Je la regardais. Elle était belle «sans bon sens». Et je me disais qu’un ange pareil ne pouvait qu’avoir une belle destinée.

Je l’ai suivie avec intérêt toute ma vie. Je l’ai vue évoluer à mon goût et développer ses talents d’artiste. Je suis fier d’elle et il me presse de le lui dire « à c’teure » que je suis rendu à bout d’âge.

À la fin de ce touchant récit, son visage émacié marque une grande fatigue. Il me regarde avec une infinie tendresse. De ses beaux yeux bleus des larmes affluent. Chez moi aussi.

Je l’étreints affectueusement. Ce sera la dernière fois.

Sur le chemin du retour vers Québec les mots affectueux de mon grand frère continuaient à tourbillonner dans ma tête. J’étais incapable de parler. Je mesurais la grande affection qui nous unissait, lui l’aîné et moi la petite dernière. Les extrêmes se touchent, se plaisait-il à dire souvent.

Dans les jours qui suivirent, Charles-Eugène garda le lit. J’étais régulièrement informée de l’évolution de son état par Roger et Anne-Marie, ses enfants attentionnés,

Le 10 novembre 2006, mon grand frère et parrain ferma les yeux pour toujours.

Je me souviens des couleurs flamboyantes du crépuscule ce soir-là. J’aime imaginer que le ciel mettait ses plus beaux atours pour l’accueillir.

Malaise

Huit heures du matin. Le téléphone sonne. C’est notre voisine de palier qui, en état d’urgence, demande à Claude de lui fournir illico un document à propos de l’immeuble.

Le temps de m’habiller et je frappe à votre porte.
Il me le faudrait tout de suite, monsieur Gagnon, mon conjoint attend en bas.

Faisant fi de sa pudeur, mon homme, papier en main, frappe à la porte d’à côté. Notre voisine sort dans le couloir et se jette en sanglotant sur l’épaule de Claude.

Il me demande aussi les clés de l’appartement…

Claude est surpris de la révélation mais il l’est encore plus par la situation embarrassante dans laquelle il se trouve : tee-shirt et boxeur comme uniques vêtements et une femme pleurant sur son épaule. Il se voit là, au bout du couloir, exposé à la vue du voisinage.

Mal à l’aise et déstabilisé dans sa réserve habituelle, il exprime rapidement sa compassion et rentre aussitôt.

Les images sont parfois trompeuses.

Les chiens

Je m’en confesse, je n’aime pas les chiens.

Cela remonte à mon enfance. Au retour de l’école un gros chien noir aux crocs acérés m’avait poursuivie. Depuis, chaque fois que j’en rencontre un en liberté, je retiens mon souffle.

Ma peur n’est certainement pas génétique, car dans ma famille on parle encore avec éloge de Miro, superbe chien roux, robuste et docile, disparu bien avant ma naissance. On dit qu’il n’en existait pas de plus gentil. Mon frère Charlot l’affectionnait beaucoup. Il lui avait même confectionné un attelage pour son toboggan. Il s’en servait en hiver pour aller à l’école du rang. Ses sœurs Marguerite et Cécile y prenaient place souvent.

Comme je n’ai jamais eu l’occasion d’apprivoiser la gent canine ma réserve subsiste à leur endroit.

Je reconnais les bienfaits des chiens guides pour les aveugles. Cela c’est autre chose.

Je m’insurge particulièrement quand dans certaines villes comme à Paris… on laisse les « chiants » déposer leur carte de visite un peu partout. Lever les yeux en marchant sur les trottoirs pour contempler les monuments devient risques et périls. Quelle affaire!

Ici à Québec, Dieu merci, ce n’est pas le cas. Les règlements obligent les propriétaires de chiens à les tenir en laisse. De plus nos parcs sont pourvus de distributeurs de sacs à déchets et de poubelles. Le maître doit ramasser les crottes de son toutou sous peine d’une forte amende.

Lors d’une promenade matinale sur les Plaines j’ai eu récemment une révélation. Je n’irai pas jusqu’à dire une conversion mais un constat. J’ai découvert que les chiens grands ou petits pouvaient avoir un rôle social. En effet leur façon de communiquer avec leurs congénères force leurs propriétaires à s’arrêter et à causer entre eux. On y parle de tout, de rien, du temps, et même de politique. Voilà un bon point qui me rend la gent canine un peu plus sympathique. Si ce n’est pas une conversion, c’est peut-être un début d’apprivoisement.

Les hommes et l'habillement

Claude a besoin d’un veston sport. Comme je ne peux l’accompagner au magasin, il décide d’y aller seul. Un vendeur lui propose plusieurs modèles de différentes couleurs. Il regarde, essaie, interroge le miroir, réessaie…

Deux vestons lui conviennent. Il hésite. Lequel choisir ?

Lequel ?

Bon. Il est temps, se dit-il, que je me serve de mon discernement personnel et… mon discernement personnel me dit que je dois consulter ma femme !

* * *


Louise et André entrent dans la salle de cours. Ce dernier porte un beau chandail rose cendré.

Je dis à Micheline assise près de moi :

Regarde comme le rose va bien à André.

Oui, elle a du goût.

Pierrette Gaudreault

Pierrette Gaudreault fonda en 1960 une école d’art à Jonquière (l’Institut des arts au Saguenay) en y investissant sa seule fortune : sa ténacité. Cette école joua un rôle important dans le développement de la vie culturelle du Saguenay.

Il fallait à cette inconnue du monde des arts une foi indéfectible et une forte dose d’audace pour aller frapper à la porte de célébrités reconnues et les convaincre d’adhérer à son projet. Ainsi Raoul Jobin, Wilfrid Pelletier, Ludmilla Chiriaeff, Jean Cousineau, Jean Morin, Jean-Jacques Jolois, Jean-Eudes Vaillancourt et beaucoup d’autres ont accepté chacun à leur manière de sauter dans le train. Grâce à eux, l’Institut a acquis une grande crédibilité.

J’étais des premiers élèves inscrits aux cours de peinture. Ces cours comme tous les autres cours se donnaient dans la modeste maison familiale des Gaudreault rue Saint-François. Les soirs et les fins de semaine la maison était envahie par les élèves de tous âges. Lorenzo (son mari) et les enfants devaient s’accommoder de la polyvalence des pièces. Les chambres et le salon étaient transformés en studios et ateliers. « Ce sera temporaire » leur avait-elle promis. La temporalité dura plusieurs années.

De plus Lorenzo devenait chauffeur de taxi. C’est lui qui allait généreusement chercher et reconduire à l’aéroport de Bagotville les professeurs venant de l’extérieur. Souvent il leur offrait même de partager le repas familial à la bonne franquette.

L’ambition de madame ne se limitait pas à offrir des cours dans toutes les disciplines artistiques. Elle voulait que l’Institut soit un agent de développement artistique. Aux cours s’ajoutaient : expositions, concerts, spectacles, conférences, etc.

Pour ce faire, elle était assistée par un conseil d’administration formé de gens influents de la ville (professionnels, gens d’affaires et artistes) qui bénévolement voyait à ce que les finances suivent l’intendance. Claude en fit partie durant près de dix ans.

L’Institut prit au fil des années une telle expansion que la maison familiale s’avéra vite trop étroite. Il fallut trouver de nouveaux locaux. C’est dans des écoles de la commission scolaire qu’on trouva une solution. De façon temporaire encore une fois.

C’est en 1967 que l’Institut eut enfin un toit permanent. C’est la ville de Jonquière qui le lui offre en lui confiant la gestion et l’animation du nouveau centre culturel qu’elle vient de construire au sommet du Mont Jacob en cette année du centenaire de la Confédération. Un endroit de rêve. On y trouve enfin réunis en un même lieu les studios, les salles de cours, les ateliers, une salle d’exposition et même un théâtre.

Je faisais partie du comité des expositions. Nous choisissions les artistes à exposer et participions à l’accrochage des œuvres.

Une des premières expositions m’a particulièrement emballée. C’est celle des Plasticiens de Montréal qui venait du Musée du Québec. Son directeur, Guy Viau et le conservateur, Gérard Morissette accompagnaient les œuvres. Comme à l’accoutumé nous avons procédé au déballage des tableaux et à l’accrochage mais cette fois sous les conseils de spécialistes. Ce fut pour moi un cours exceptionnel sur l’art de l’accrochage.

Pour la petite histoire, je me souviens qu’après les œuvres bien en place Madame Gaudreau s’était amenée avec une bouteille de vin et des verres. C’est sans cérémonie que toute l’équipe s’était assise par terre pour trinquer avec nos illustres visiteurs. Moments de détente ponctués de rires autour des anecdotes évoquées par les Viau et Morissette. Leur grande simplicité m’a beaucoup touchée.

Autre activité dont je me rappelle: les Vendredis rencontres, des soirées- causeries où nous avons eu la chance de dialoguer avec Gilles Vigneault, Armand Vaillancourt, Jacques Languirand, Amato Verdone, André Brassard et autres sur différentes facettes des arts.

Le petit théâtre nous présenta des pièces de répertoire et des œuvres de création jouées par des troupes régionales naissantes. Parmi ces dernières je garde le souvenir de Monsieur le coryphée, une pièce écrite par le jeune prodige jonquièrois Jean-Pierre Bergeron, jouée par lui avec des jeunes de son âge, Marie Tifo, Louise Portal, Han Masson, Ghislain Tremblay, Rémy Girard tous reconnus maintenant parmi nos meilleurs acteurs du Québec.

Pour tout dire, le centre culturel de Jonquière devint un incubateur de talents où les créateurs pouvaient expérimenter les fruits de leur imagination.

Comment ne pas évoquer les Sons et Lumières qui embrasèrent le mont Jacob plusieurs étés et qui furent un grand succès de foule. Merci Laurent, Ralph, Lorraine, et vous tous dont j’oublie malheureusement les noms.


Grâce à son centre culturel Jonquière vivait une époque de grande effervescence artistique. Son centre était cité en exemple par le ministère des Affaires culturelles qui n’hésitait pas à nous envoyer des observateurs étrangers.

Notre maison était située au bas du mont Jacob, chance appréciée par les parents-taxis que nous étions devenus puisque nos quatre enfants pouvaient maintenant se rendre à pied à leurs cours : Yves en violon et théâtre, Marie en ballet et piano, Jean en violoncelle, François en violon.

Pierrette Gaudreault est aimée du corps professoral et des étudiants. La population de Saguenay reconnait son mérite et sait que tous sont les bienvenus sur la colline. Aucun talent n’est refusé pour des raisons monétaires. La directrice sait dénicher des mécènes pour leur venir en aide. Certains de ces jeunes talentueux (on me pardonnera de taire leurs noms) font maintenant carrière internationale.

Tout va bien jusqu’au jour où elle reçoit un salaire. Certains jeunes loups convoitent sa place. Pour ce faire, ils réussissent à mobiliser au nom de la démocratisation de la culture une cohorte de gens, majoritairement étrangers au domaine culturel, afin d’exiger son remplacement à la direction de l’Institut. Nous sommes dans la foulée des événements contestataires de mai 68. On veut descendre le centre culturel dans la rue, remplacer par le vrai monde cette élite privilégiée qui se paie des loisirs à même le peuple. On caricature les travers de la directrice. On invoque ses fautes de langage. La mesquinerie n’a pas de limite. On veut sa tête et on finit par l’obtenir.

Une part de nous en fut affectée. En collaborant avec cette femme remarquable nous avions la conviction d’avoir servi le peuple et non pas de l’avoir exploité. Il a fallu plusieurs années avant que nous soyons capables de remonter la côte au sens propre et au sens figuré.

Malgré cette grande épreuve, Pierrette Gaudreault ne s’est pas retirée dans ses terres. Elle a continué à faire profiter de son expérience d’autres institutions culturelles et humanitaires de la région du Saguenay jusqu’à la fin de sa vie.

Mon admiration pour cette femme demeure et je suis heureuse de lui rendre hommage aujourd’hui.

Les boîtes à chansons

Fin novembre 2009. Un air des années 1970 nous arrive au Théâtre Petit-Champlain à Québec : Boîte à chansons, spectacle mis en scène par Robert Charlebois avec quatre auteurs-compositeurs de l’époque plus son fils Jérôme.

Claude et moi étions parvenus à nous procurer des billets… un an à l’avance. Notre patience sera récompensée.

La scène est à découvert et le décor minimaliste nous met déjà dans l’ambiance des boîtes à chansons de l’époque : filets de pêche, lampe à l’huile, fanal et bougies. Cela nous rappelle La maison rouge au bord de la Rivière-aux- sables à Jonquière où nous avions assisté au tout premier spectacle du genre. Près de nous, des voisins évoquent La butte à Mathieu du nord de Montréal et le Cabastran de Joliette.

Après une présentation originale du jeune Charlebois, arrive Pierre Calvé guitare en mains avec ses premières chansons invitant au voyage : Quand les bateaux s’en vont, Vivre en ce pays… sur un fond musical du contrebassiste Michel Donato.

Dès les premières notes, une émotion m’étreint et persiste jusqu’à la fin. Émotion associée à la qualité des textes, au souvenir, à l’âge, au temps qui passe. Claude à côté de moi garde un mutisme éloquent.

Le cœur en émoi, j’accueille Pierre Letourneau accompagné à la guitare par son ami Michel Robidoux : Le monde est beau.

Claude Gautier suit avec ses textes sublimes : Le plus beau voyage, Le soleil brillera demain.

Jean-Guy Moreau imitateur et compositeur évoque la part des femmes dans la chanson québécoise notamment celle des Clémence Desrochers, Pauline Julien, Renée Claude, Monique Leyrac et Louise Forestier.

À la toute fin du spectacle, après une ovation chaleureuse de l’assistance, composée surtout de têtes grises, nous rentrons à la maison remués de bons souvenirs.

Importance de nos chansonniers

Cet événement me fera réfléchir sur l’importance des chansonniers au Québec. Ils ont marqué l’histoire de notre pays. Nous étions au début de notre éveil politique. Avant leur avènement notre chanson populaire puisait dans le folklore ou nous parvenait de France ou des États-Unis.

Voici que dans les années 1960, nos poètes chansonniers nous révèlent à nous-mêmes et nous font prendre conscience de notre spécificité. À travers leurs paroles nous trouvons notre âme et la vérité historique de notre combat collectif.

Leurs mots phares éclairent nos esprits. Leurs chansons répondent à notre besoin viscéral comme peuple. Notre sentiment d’appartenance et notre fierté nationale s’affirment.

Me vient à l’esprit le fabuleux souvenir du grand spectacle de la Super-franco-fête de 1974 qui réunissait sur les Plaines d’Abraham plus de 100 000 personnes venues entendre les trois grands de la chanson québécoise : Leclerc, Vigneault et Charlebois. C’était le soir de l’ouverture du Festival international de la jeunesse francophone. Nous y étions venus de Jonquière avec nos quatre enfants. Mariette et Jérémie, nos amis de Montréal et leur famille se joignirent à nous. Nous formions une petite cellule solidaire au milieu de la foule en liesse. La musique et les mots de nos auteurs sonnaient doux à nos oreilles de Québécois. Jamais je n’avais ressenti un tel sentiment de fierté nationale. C’était comme une renaissance. À la fin du spectacle, des milliers de petites lumières accueillirent la chanson de Raymond Lévesque Quand les hommes vivront d’amour, entonnée par les trois grands et poursuivie spontanément par la foule comme un rite sacré d’un peuple plein d’espérance.

Dernièrement, Robert Charlebois disait sur les ondes de Radio Canada le sentiment qui l’habitait ce soir-là : « Sur les Plaines, je me sentais au service de la langue qu’on aimait, qu’on chantait ».

Oui, une langue belle qui n’était pas celle des autres. C’était la nôtre, prometteuse d’un printemps qui verrait sans doute naître un pays, le nôtre.

Vive la vie !

J’aurai quatre-vingt ans cette année. Le 29 juin 2011 précisément.

J’ai de la chance. Ma mère et cinq de mes sœurs ne les ont pas atteints.

Nostalgie? Regrets? Tristesse?

Non. Reconnaissance.

J’aime la vie et la vie m’aime bien.

La vie, miracle de tous les instants, étrange histoire individuelle avec un début et une fin.

Une fin dans le temps et une fin dans son destin.

Ma vie, malgré mon âge vénérable, comme toutes les autres vies, n’est qu’une petite parenthèse dans l’éternité infinie de l’univers.

J’essaie avec mon intelligence limitée de trouver un sens, une cohérence dans le cheminement de ma vie.

Chainon génétique entre mes parents et mes enfants? J’ai la chance d’avoir quatre beaux enfants et six adorables petits-enfants.

Je les ai aidés à devenir. Ils m’ont aidée à être.

La vie m’a comblée. Elle m’a révélé l’amitié, l’amour, la beauté, la bonté.

Elle me laisse aussi l’espérance. L’espérance qu’au delà de ce monde il existe un ailleurs.

Un ailleurs où Dieu est là ?

Pourquoi pas ?

Au fait, s’il existe, qui est Dieu ?

Vive la vie!

.

Commentaires reçus



Compliments de...

Mariette


Chère Yvonne,

J’ai lu avec un grand plaisir la suite de tes souvenirs auxquels tu as donné un si joli titre, Glanures.

À Québec, tu m’as demandé de te préciser mes pages préférées. Je dirais qu’elles m’ont toutes plu, soit par les images évoquées, soit par l’humour ou bien par des sensations que je partage souvent avec toi. Au fond, nous parlons d’un passé qui nous est propre, d’une jeunesse et d’un âge mur qui ont façonné les femmes que nous sommes maintenant.

Mes pages préférées sont les suivantes :

Pierrette Gaudreault

Je souhaiterais que cet hommage soit diffusé ailleurs, sur les murs du Centre culturel, par exemple. Tu décris si bien la détermination de Mme Gaudreault. Chez nous, rue Saint-Hubert, Jean-Pierre nous parlait de son admiration pour cette voisine originale et du bourdonnement d’abeille qui imprégnait toute sa maison. Merci d’avoir cité Monsieur le coryphée, pièce écrite par mon frère, dans la ferveur de la jeunesse. Quelle fin triste cependant pour cette pionnière, quelle ingratitude face à toutes ces années dédiées à l’art !

Les boîtes à chansons

J’ai replongé avec bonheur dans l’atmosphère de l’époque, baignée de la ferveur nationaliste et de l’amour de notre langue. Reviendra-t-il ce temps des chansonniers, poètes inspirés qui nous ont légué des textes forts et des mélodies que personne encore n’a su égaler ?

Marie, ma fille

Son départ vers d’autres cieux, vers une vie personnelle encore inconnue pour toi, à ce moment-là, quel arrachement ! Ta plume court sur le papier et traduit ton émotion. Je vois Claude qui range les valises, je devine que tu regardes par la fenêtre… J’aime cette page au style emporté, car j’ai vécu cette peine tant de fois, lors des multiples départs de ma Roseline.

Vive la vie !

Une des plus belles phrases de ton recueil est celle-ci, en parlant de tes enfants : « Je les ai aidés à devenir. Ils m’ont aidée à être. » Oui, quelle responsabilité t’incombait avec la continuation du chaînon génétique ! Et ce chaînon se perpétue. Merci de nous rappeler l’espérance, une quatrième vertu théologale trop souvent oubliée.

Ce livre, précédé de En pièces détachées et de Souvenirs désordonnés, forme une trilogie passionnante, toute en légèreté, malgré le sérieux du propos. Il évoque dans un aimable pêle-mêle réminiscences, émotions, fraîcheur de l’enfance, imprévu des voyages, coutumes des ascendants qui nous ont aimés et formés.

Chère Yvonne, sincères félicitations !

Avec mon amitié,

MARIETTE TREMBLAY
Outremont, ce 5 juin 2011.

Huguette Lachapelle, ex prof de français

Chère Yvonne, voici mon appréciation de GLANURES. Je ne peux te dire quel texte j'ai préféré, et ce, pour deux raisons. La première,c'est que je les ai tous aimés; la seconde, c'est que ce sont des textes de types différents qui ne souffrent pas de comparaisons. Je te dirai donc tout simplement pourquoi certains d'entre eux m'ont plu (ce serait trop long de le faire pour tous) , et ensuite je te ferai part de mes sept coups de coeur.

Les colères de mon grand-père: pour le réalisme et l'importance de l'influence de l'enfance sur l'orgueil des hommes.
L'annonce faite à Marie: parce qu'on sait bien que les mères savent toujours trouver les mots.
Le catalogue: ce petit texte touche ma fibre nationaliste certes, mais il me ramène surtout à mon enfance. Chez moi aussi on recevait nos cadeaux au Jour de l'An et on était recu à souper chez ma grand-mère où on se retrouvait plus de 30.
Le petit ber: parce que le passage de la vie me touche toujours.
La chapelle: tout simplement parce que c'est hors du commun.
Le bréviaire: à cause de la présence d'esprit et de la naiveté de l'enfance.
La blessure: je suis touchée par la souffrance silencieuse de ces hommes aux gestes parfois durs, mais au coeur tendre.
Marie, ma fille: c'est simplement touchant.
Générosité: parce que le monde des arts me fascine toujours et que j'ai appris des choses sur toi.
Solange: comme c'est féminin!
Do si: Ah! la fraîcheur de l'enfance!
Invitation particulière: c'est savoureux et on parle de notre belle langue.
Mon atelier: intéressant le cheminent d'une artiste, surtout quand il s'agit d'une amie.
La tendresse: grand romantisme; la tendresse et la fidélité sont des vertus qui me rejoignent profondément.
Lettre à Maurice: c'est touchant et naif la fraîcheur des premiers amours.
Pierrette Gaudreau: pour l'importance du sens à donner à sa vie. En plus, j'ai appris des choses.
Voici maintenant mes sept couips de coeur.
Annie: C'est beau le grand mystère des rencontres humaines
La palette de couleurs: c'est le texte où le mariage entre les mots et le thème est le plus parfait. C'est un des plus réussis du strict point de vue de l'écriture.
Enigme: pour le clin d'oeil et surtout pour le suspense que tu as si bien su créer et entretenir jusqu'au bout.
Albertine: à la fois drôle et touchant; c'est d'une grande sensibilité et d'une grande beauté: c'est la fidélité à sa vie et à ce qu'on est.
Testament: Ouf! Que c'est beau: profondeur des sentiments, deuil, tout cela me touche beaucoup.
Les boîtes à chansons: ce texte touche ma profonde fibre nationaliste, mon amour de la langue et ma fierté au regard de notre magnifique culture.
Vive la vie: c'est le texte qui m'a fait le plus de bien: j'avais besoin d'entendre quelqu'un magnifier la vie.
Voilà. Merci pour ce beau cadeau.


Jérémie

Chère Yvonne,

Je ne me suis jamais senti aussi proche de toi que lors de la lecture de GLANURES, dont le titre me semble si bien correspondre au contenu.

Dernier titre de la présente série, dernière de ta famille, tu m'as rappelé que moi aussi je suis le dernier de ma famille. En cours de lecture de ton oeuvre, je me suis très tôt surpris de me voir aller chercher l'exemplaire de mon autobiographie afin de reprendre la lecture du récit que je faisais de mon enfance. Le contenu diffère mais la façon de raconter se rapproche de tes GLANURES, et j'en fus heureusement surpris. Même origine, même culture familiale profonde, même idéal de vie, mêmes amis de haute qualité, voilà beaucoup de critères caractérisant la pérennité de notre amitié, en incluant naturellement ¨ton ami Claude¨... comme tu disais souvent.

Je sais que mon amour de Mariette t'a fait parvenir ¨sa critique littéraire¨. Je me contenterai de souligner que j'ai beaucoup aimé les parties suivantes: Charité, L'Hôpital (toi à 14 ans moi à 16 ans), Solange, Grande amitié, Fractures en série, Marie ma fille (qui venait vivre avec quelqu'un...) et La tendresse.

Je te remercie de m'avoir fait partager ainsi une partie de ta vie, de tes amitiés et de tes amours. Tu m'as aussi prouvé que tu étais toujours plus jeune que moi et aussi très combative dans la lutte contre les petites maladies qui t'ont assaillie.

Au revoir et salutations pour Claude!

Jérémie


Manon Sarthou, commentaire d'outre Atlantique

Ma petite Tyvonne

Je voulais te dire que j'ai terminé il y a quelques jours «Glanures».
Merci beaucoup d'écrire ainsi tes récits et pensées au gré du temps, de ton temps.
Voici qq comentaires alors tel que demandé par vous chère gente dame écrivain digen de Maupassant!!!!
J'ai donc aimé lire
La chapelle
car elle me rappelle ce lieu inscrit dans ma mémoire: le prélart vert et marron, les lambris vernis sur les murs, le froid qu'il y faisait et les vêtements qui sentaient la boule à mites. Je savais qu'il y avait eu des moments importants, soit vos mariages à toutes les soeurs et charles-eugène mais j'avais du mal à me l'imaginer.

Albertine
j'ai trouvé ton texte si résonnant pour moi qui la connaissais et la voyais à l'occasion mais j'étais convaincue de l'esprit sauvage de la dame au sens vrai du terme. Sa façon d'être était si anachronique on ne pouvait penser que nous vivions dans les années 1960-70 devant ce personnage quand même pas trop sympa....

La neuvaine
J'ai adoré savoir l'utilité des laizes en catalogne. Ce type de drap tissé est si important pour moi. Nous avons au moins 4 catalognes dont je me fais une fierté de dire à mes amis visiteurs que ces couvertures fraîches et généreuses en tissu sont beaucoup plus confortables que les couettes étouffantes!!! Et puis tu racontes avec tant de joie ce moment de fin de journée. Il me semble vous voir toutes fébriles à vous appliquer à étendre les laizes sur l'herbe. Je ressens bien ce «p'tit bonheur» qui vous animait.


Voilà, voilà mes p'tits commentaires
Je t'en envoie d'autres dans quelques temps
À bientôt

Bises à tous les 2

Manon


Bon matin Tyvonne

Me revoilà devant l'ordi parée à te présenter quelques comments comme dirait Gainsbourg....
De tes souvenirs, je mes les approprie car ils me dirigent vers mes souvenirs
en fait c'est la théorie des dominos ou des poupées russes je ne sais!!!
enfin maintenant que j'ai lu Glanures, je classe les petits grains par catégorie de fleurs au fur et à mesure tel le naturaliste Linnaeus du Edinburgh Royal Botanic Gardin au XVIIIe siècle!

Donc je pensais te commenter
Mon atelier
ll me rappelle tan de souvenirs car je t'y ai connue le fréquentant assiduement. Quand on frappait à la porte de rue Verchères, tu émergeais de la porte du sous-sol allant à vive allure ouvrir le feu de la cuisinière et démarrer le repas du soir.
J'y descendais quelquefois car tu me montrais un tableau en préparation. Les couleurs vives orange et rouge des murs du sous-sol me donnaient l'impression d'être dans le métro de Montréal. Mais le contreplaqué peint me rappelait grand papa qui avait aussi fabriqué notre sous-sol à Victoriaville.
C'était aussi Raoul qui avait aménagé votre sous-sol?

La palette des couleurs
Ce texte était tout nouveau pour moi mais en même temps si apprivoisé aussi. J'avais l'impression en te lisant d'entendre maman qui nous racontait l'histoire des civilisations en décrivant les peuples du Tigre et de l'Euphrate en Mésopotamie. Le sujet et le vocabulaire n'étaient bien sûr pas les mêmes, mais j'ai retrouvé cette même façon pédagogique de démontrer et d'ouvrir l'esprit à la connaissance. C'est dit avec beaucoup d'empathie envers celui qui apprend.

Pierrette Gaudreault
Je voyais la directrice au Centre d'art de Jonquière mais je ne connaissais pas son nom. Ce n'était pas très important non plus pour moi. J'étais fascinée par cet espace artistique, notamment la scène toute noire, magique là où Marie avait dansé du Maurice Béjart avec tant de grâce et d'énergie à la fois. J'étais persuadée que ce lieu était le meilleur endroit au monde pour donner de l'élan artistique!!!. J'avais si hâte de grimper la colline du mont Jacob après la messe pour retrouver les vibrations du centre d'Art. C'est Jean qui voulait bien m'y amener car maman ne voulait pas me laisser aller toute seule. Quel lieu extraordinaire!


Voilà, voilà ma tantine je m'extirpe avec regret de ces souvenirs et
je te fais des immenses bisous

Je crois que mes prochains commentaires vont porter sur ta perception de la France. Maintenant que j'y vis j'adore lire ton expérience de citoyenne de Nouvelle-France...

À bientôt

Manon

...
La blessure
L'anecdote de la blessure est si touchante qu'on a l'impression de sentir le bois de la commode sous notre main. Il y a beaucoup de sensualité dans ce souvenir.

Vulgaire
Je revois Jean et François discuter ensemble et ça me fait trop rigoler. Tout petits et songer à la portée des mots....C'est tellement drôle la réplique de Jean et c'est si typique de la personnalité «du» Jean que j'ai connu à la fois directif et désopilant...

Le France
Ce voyage que vous avez fait est fantastique. Il me replonge dans la période des 30 glorieuses si passionnantes et énergisantes...La relation avec les artistes et le moment de l'histoire qui s'écrivait alors sont si proche, c'est formidable!!! Ça me rappelle quand on bâtissait un ring intérieur au ranch massawippi et que ces instants de regroupement nous rendait si enthousiastes devant la vie à venir.


Rose Dufour

Bonjour Yvonne,

au lendemain de ta réception si réussie et où ton mari à brillé d'une façon éclatante avec ses bons mots d'esprit et son charme courtois habituel, Laurent et moi sommes partis quatre jours sur l'Ile aux Basques ... observer les oiseaux. J'ai donc pu prendre du bon temps à lire ton troisième beau recueil de souvenirs que tu as eu la gentillesse la générosité de nous offrir gracieusment.

Toutes tes glanures sont remarquables, une m'a émue aux larmes: L'annonne faite à Marie. L'évoquer aujourd'hui me touche encore profondément. D'abord parce que cette Marie avait déjà été évoquée antérieurement. C'est un nom familier dans ton discours mais plus encore, il raisonne toujours avec tendresse et chaleur sur tes lèvres. Cette personne t'est précieuse. Mais je ne savais pas qu'elle avait fait l'objet d'une adoption, ce qui déjà montre combien cette fille était de la famille. Une fille sans mère, comprendre une mauvaise mère, n'a que très peu de chance de croissance saine et d'insertion sociale, selon mes observations et mes recherches avec des femmes parmi les plus démunies. Et voici que dans ce court récit tu as révélé en très peu de mots la clé du bonheur, du développement sain d'une fille, de son épanouisement: une mère aimante, une vraie mère comme tout être humain en a tant besoin. Ta mère était une mère non seulement aimante mais généreuse, solide et consciente. Marie était SA fille POINT. Ce qui ajoute à l'amour que Marie devait ressentir de ta mère c'est : Nous pensions ramener un garçon mais quand nous t'avons vue si belle et souriante, c'est toi qu'on a choisie!!!! J'en suis toute bouleversée à simplement te le réécrire aujourd'hui. Tes parents voulait un garçon et ils ont ramenée une autre fille, eux qui en avaient déjà! Nul phrase ne pouvait mieux dire à Marie qu'elle était une fille désirée, belle, aimée. C'est extraordinaire: les trois plus grandes qualités que l'on reconnait à une femmes sont celles-là, l'intelligence vient après!?

Et puis il y a une autre Marie: Marie ta fille, ta chère fille, ta fille chérie, qui d'ailleurs fait l'objet d'une autre glanure affectueuse. Je ne sais de qui cette belle Marie tient son nom mais j'avance l'hypothèse que son éponyme est ta soeur Marie ? Ce qui montre une fois encore que Marie était identique aux autres enfants, bien intégrée, sans différence. Quoiqu'il en soit, toi, ta mère et ta fille êtes des femmes aimantes, des mères aimantes, trois générations de femmes qui ont donné la vie pas seulement biologique mais aussi la vie émotive, intérieure.

Merci Yvonne pour ce plaisir partage avec vos amis dont nous apprécions être, pour le cadeau de ton livre et pour la qualité de femme que tu es. Rose



Cécile Boily-Côté

Chère tante Yvonne

Comment vous dire jusqu'à quel point je vous admire. J'aime votre sensibilité, votre douceur, votre incontestable mémoire, votre classe, votre exceptionnelle intelligence. Tout en vous est raffinement et distinction.
Par vos écrits nous avons partagé les moments importants de votre vie de jeune fille à grand-maman.
Artiste jusqu'au bout des doigts, enseignante partageant son art, vous êtes une femme cultivée aimant la vie et traversant les difficultés avec courage.
Vos trois livres m'ont fait vibrer. Dans ce dernier, le départ de Marie pour l'université m'a fait verser une larme. Par contre j'ai appris que la maison de Coushpegan serait conservée. Également j'ai été touchée par le témoignage adressé à Albertine.
Vous avez la facilité des mots et sachez en faire profiter. Je pense entre autres au fait que grand-maman ``désinfectait`` les catalogues. Nous avons bien ri car la mère de Louis le faisait également.
(Note du secrétaire qui présentement dactylographie ces commentaires : Ce désinfectant remontant à la tendre enfance pourrait peut-être expliquer cette propension qui date depuis ce temps à porter un regard prolongé vers la gente féminine et principalement envers les dames qui ont une préoccupation écologique en utilisant le minimum de tissu pour recouvrir l'épiderme) Fin de la parenthèse
Je vous remercie. Je suis fière d'avoir une tante Yvonne et je me sens privilégiée d'avoir vos volumes. Il est certain que mes soeurs les lieront. Je vous embrasse très fort.

Votre nièce Cécile et son secrétaire particulier pour la partie désinfectant.



Hélène, auteure de Haïku

Yvonne,
Quel beau cadeau confectionné de morceaux de ta vie, telle une magnifique courtepointe..
Je te découvre à travers ces textes tantôt tendres, tantôt humoristiques, tantôt très touchants dans un style direct et efficace.
Merci de me partager ces Glanures reflétant ton approche positive de la vie.

Je t'embrasse,

Hélène


Monique Légaré Moffet

Chère Yvonne,

J'ai cueilli tes "Glanures" avec bonheur et émotions: bonheur procuré par une écriture limpide, alerte, sensible. Bonheur procuré aussi par les reproductions de tes oeuvres auxquelles j'attribuerais les mêmes qualités. Les émotions elles, viennent de ce qu'à maintes reprises, je me retrouvais dans les récits de ton enfance: celle d'une québécoise d'un siècle à peine trentenaire, issue d'une famille nombreuse, pour qui l'enfance et la jeunesse furent tissées de souvenirs heureux.

Merci, chère Yvonne, de ce don que tu nous fais de tes talents multiples.

Bon été à vous deux,
Amitiés,

Monique.


Diane Laberge, rédactrice en chef du magazine Découvertes, rencontrée en Argentine et revue par la suite en Charlevoix

Chère Yvonne,
J'ai dévoré les trois tomes de vos mémoires en trois soirs...incapable de lâcher prise, emportée au coeur de vos souvenirs. Votre écriture est comme une musique. Douce et jolie. Comme vous l'êtes vous-même. J'ai pris plaisir à vous découvrir davantage à travers les pages de votre histoire. J'ai aimé lire l'Amour, le vrai, que vous portez à ceux qui vous entourent. A Claude plus particulièrement, votre fidèle compagnon, lui aussi amoureux de la vie autant que vous l'êtes. C'est pour ça que vous êtes si beaux. Tout simplement parce que vous traversez la vie en toute lucidité, avec toute l'authenticité et la présence dont je vous sens capables. Je remercie le ciel (!) de vous avoir mis sur ma route en Argentine, en ce mois de mars 2008. Notre rencontre et chacune qui a suivi sont à jamais gravées dans ma mémoire. Longue vie à l'Amour!

Votre amie, Diane


Dominique Garand

Chère tante Yvonne

Il y a deux semaines, ma sœur Madeleine a profité d'une fête que j'organisais chez moi pour me remettre ma copie de votre dernier recueil de souvenirs. Si j'en juge à la date de la dédicace, deux mois ont passé depuis sa parution. Je suis très ému que vous ayez de nouveau pensé à moi – et à Isabelle!

Je n'ai pas tardé à me plonger mon nez dans votre livre, amusé et attendri par ces différentes stèles plantées sur le chemin de votre mémoire (excusez le pompeux de cette formulation, un effet de la chaleur sans doute!). Il m'a plu de voir jaillir tout à coup des fragments de ma propre mémoire (l'anecdote de mes parents, bien sûr, mais aussi les lieux qui étaient les vôtres et que j'ai fréquentés : votre maison de Jonquière, le mont Jacob, l'église Saint-Raphaël, la maison de Métabetchouan, etc.). J'ai particulièrement aimé «Les colères de mon grand-père», «L'annonce faite à Marie», «Marie, ma fille», «La tendresse», «Mon atelier», «Annie», «Albertine», «Pierrette Gaudreault». Les titres de vos chapitres montrent assez l'importance des êtres humains dans votre vie. Par rapport aux livres précédents, il m'a semblé (et cela m'a plu) que celui-ci laissait poindre davantage le aspérités de la vie, les failles, les aspects inquiétants, tout cela compensé, bien sûr, par votre légendaire faculté d'accorder avant tout votre attention à ce qui est beau et signifiant.

Votre dernier chapitre dévoile votre âge et je n'en reviens tout simplement pas. Je vous vois encore si fraîche et enthousiaste, jeune de cœur, de corps et d'esprit!

Isabelle se joint à moi pour vous souhaiter de nombreuses belles années à cueillir les fruits de l'existence, avec Claude comme il se doit que nous saluons également.

Au plaisir de vous revoir bientôt tous les deux.

Dominique


Danielle Fortin

J'ai été grandement touchée de recevoir ce beau cadeau en mai, votre troisième et si joli recueil. Je vous en remercie sincèrement. Ce fut, à mon grand plaisir, ma lecture de vacances au bord du lac St-Jean. Ce fut également le dernier livre lu par ma belle-mère lors d'une visite de deux jours dans le chalet que nous avions loué à St-Henri-de-Taillon la semaine précédant son accident vasculaire cérébral. Désolée de l'avoir terminé si vite, elle s'en est délectée, comme moi d'ailleurs, et m'a avoué avoir été ravie d'avoir appris des choses d'une façon si bien écrite... Je partage ses impressions et j'ajoute que j'adore la manière délicate et raffinée avec laquelle vous transportez le lecteur dans différentes atmosphères remplies de sensibilité. Du grand style! Je me serais cru parfois dans l'univers de Gabrielle Roy. Un pur délice! Bravo!

Je suis désolée de n'avoir pas écrit avant... Mai et juin sont des mois fous pour nous ici avec la fin de l'année scolaire...

Sachez que je me sens très privilégiée d'avoir une marraine si accomplie et surtout, si inspirante!

Prenez bien soin de vous.

Salutations à toute le famille!

Je vous embrasse,

Danièle

samedi 12 février 2011

Avant-propos

Après la parution de En pièces détachées en 2007 et de Souvenirs désordonnés en 2009, je croyais avoir cueilli et raconté tous les faits touchants ou amusants que j’avais vécus ou observés.

D’autres souvenirs étaient restés sur le champ de ma mémoire.

Comme une glaneuse, je les ai ramassés, engerbés, et engrangés dans ce présent recueil.

jeudi 13 janvier 2011

Vive la vie!

J’aurai quatre-vingt ans cette année. Le 29 juin 2011 précisément.

J’ai de la chance. Ma mère et cinq de mes sœurs ne les ont pas atteints.

Nostalgie? Regrets? Tristesse?

Non. Reconnaissance.

J’aime la vie et la vie m’aime bien.

La vie, miracle de tous les instants, étrange histoire individuelle avec un début et une fin.

Une fin dans le temps et une fin dans son destin.

Ma vie, malgré mon âge vénérable, comme toutes les autres vies, n’est qu’une petite parenthèse dans l’éternité infinie de l’univers.

J’essaie avec mon intelligence limitée de trouver un sens, une cohérence dans le cheminement de ma vie.

Chainon génétique entre mes parents et mes enfants? J’ai la chance d’avoir quatre beaux enfants et six adorables petits-enfants.

Je les ai aidés à devenir. Ils m’ont aidée à être.

La vie m’a comblée. Elle m’a révélé l’amitié, l’amour, la beauté, la bonté.

Elle me laisse aussi l’espérance. L’espérance qu’au delà de ce monde il existe un ailleurs.

Un ailleurs où Dieu est là ?

Pourquoi pas ?

Au fait, s’il existe, qui est Dieu ?

Vive la vie!

mardi 11 janvier 2011

La blessure

Voici une anecdote touchante que mon père m’a racontée.

Sa petite sœur Anne-Marie avait trois ans. Elle s’amusait innocemment avec un marteau laissé par terre dans la chambre de ses parents. Un coup heurta une saillie en bois sculpté de la commode et la fit voler en éclats.

Grand-père, d’un tempérament colérique, avait levé la main pour frapper la petite.

Grand-mère s’était interposée:

Ne porte jamais la main sur un enfant !

Anne-Marie entra jeune en religion chez les religieuses hospitalières de Chicoutimi. Elle mourut à l’âge de vingt-quatre ans.

Longtemps après, papa surprit son vieux père flattant de sa main ridée la blessure du meuble.

Les yeux dans l’eau, il lui rappela:

C’est elle qui a fait ça !

Heureuse blessure cicatrisée par le cœur.

Vulgaire ?

Le lendemain de Noël, j’amène les enfants voir la crèche à l’église de notre paroisse.

Ils n’ont pas assez d’yeux pour contempler les personnages.

François me dit tout bas:

Elle est belle la crèche, maman?

Je ne veux pas contrarier son émerveillement, mais mon sens des valeurs créatrices me pousse à dire :

Oui, même si c’est une copie en vulgaire plâtre.

Au retour vers la maison, la conversation entre Jean (cinq ans) et François (quatre ans) attire mon attention:

Pourquoi, demande Jean à François, maman a dit que la crèche était vulgaire?

Heu… ce doit-être à cause du chameau, affirme « Monsieur réponse à tout ».

À la prochaine

Selon la coutume de l’époque, le corps de mon grand-père est exposé dans le salon de la maison familiale.

Notre voisin arrive le premier pour offrir ses condoléances.

Mal à l’aise, sans regarder personne, il file s’agenouiller sur le prie-Dieu, fait deux simagrées de signes de croix, se lève et toujours sans regarder les gens quitte en disant :

Bonjour là, merci, pis… à la prochaine.

Hilarité malgré les circonstances.

Pierrette Gaudreault

Pierrette Gaudreault fonda en 1960 une école d’art à Jonquière (l’Institut des arts au Saguenay) en y investissant sa seule fortune : sa ténacité. Cette école joua un rôle important dans le développement de la vie culturelle du Saguenay.

Il fallait à cette inconnue du monde des arts une foi indéfectible et une forte dose d’audace pour aller frapper à la porte de célébrités reconnues et les convaincre d’adhérer à son projet. Ainsi Raoul Jobin, Wilfrid Pelletier, Ludmilla Chiriaeff, Jean Cousineau, Jean Morin, Jean-Jacques Jolois, Jean-Eudes Vaillancourt et beaucoup d’autres ont accepté chacun à leur manière de sauter dans le train. Grâce à eux, l’Institut a acquis une grande crédibilité.

J’étais des premiers élèves inscrits aux cours de peinture. Ces cours comme tous les autres cours se donnaient dans la modeste maison familiale des Gaudreault rue Saint-François. Les soirs et les fins de semaine la maison était envahie par les élèves de tous âges. Lorenzo (son mari) et les enfants devaient s’accommoder de la polyvalence des pièces. Les chambres et le salon étaient transformés en studios et ateliers. « Ce sera temporaire » leur avait-elle promis. La temporalité dura plusieurs années.

De plus Lorenzo devenait chauffeur de taxi. C’est lui qui allait généreusement chercher et reconduire à l’aéroport de Bagotville les professeurs venant de l’extérieur. Souvent il leur offrait même de partager le repas familial à la bonne franquette.

L’ambition de madame ne se limitait pas à offrir des cours dans toutes les disciplines artistiques. Elle voulait que l’Institut soit un agent de développement artistique. Aux cours s’ajoutaient : expositions, concerts, spectacles, conférences, etc.

Pour ce faire, elle était assistée par un conseil d’administration formé de gens influents de la ville (professionnels, gens d’affaires et artistes) qui bénévolement voyait à ce que les finances suivent l’intendance. Claude en fit partie durant près de dix ans.

L’Institut prit au fil des années une telle expansion que la maison familiale s’avéra vite trop étroite. Il fallut trouver de nouveaux locaux. C’est dans des écoles de la commission scolaire qu’on trouva une solution. De façon temporaire encore une fois.

C’est en 1967 que l’Institut eut enfin un toit permanent. C’est la ville de Jonquière qui le lui offre en lui confiant la gestion et l’animation du nouveau centre culturel qu’elle vient de construire au sommet du Mont Jacob en cette année du centenaire de la Confédération. Un endroit de rêve. On y trouve enfin réunis en un même lieu les studios, les salles de cours, les ateliers, une salle d’exposition et même un théâtre.

Je faisais partie du comité des expositions. Nous choisissions les artistes à exposer et participions à l’accrochage des œuvres.

Une des premières expositions m’a particulièrement emballée. C’est celle des Plasticiens de Montréal qui venait du Musée du Québec. Son directeur, Guy Viau et le conservateur, Gérard Morissette accompagnaient les œuvres. Comme à l’accoutumé nous avons procédé au déballage des tableaux et à l’accrochage mais cette fois sous les conseils de spécialistes. Ce fut pour moi un cours exceptionnel sur l’art de l’accrochage.

Pour la petite histoire, je me souviens qu’après les œuvres bien en place Madame Gaudreau s’était amenée avec une bouteille de vin et des verres. C’est sans cérémonie que toute l’équipe s’était assise par terre pour trinquer avec nos illustres visiteurs. Moments de détente ponctués de rires autour des anecdotes évoquées par les Viau et Morissette. Leur grande simplicité m’a beaucoup touchée.

Autre activité dont je me rappelle: les Vendredis rencontres, des soirées- causeries où nous avons eu la chance de dialoguer avec Gilles Vigneault, Armand Vaillancourt, Jacques Languirand, Amato Verdone, André Brassard et autres sur différentes facettes des arts.

Le petit théâtre nous présenta des pièces de répertoire et des œuvres de création jouées par des troupes régionales naissantes. Parmi ces dernières je garde le souvenir de Monsieur le coryphée, une pièce écrite par le jeune prodige jonquièrois Jean-Pierre Bergeron, jouée par lui avec des jeunes de son âge, Marie Tifo, Louise Portal, Han Masson, Ghislain Tremblay, Rémy Girard tous reconnus maintenant parmi nos meilleurs acteurs du Québec.

Pour tout dire, le centre culturel de Jonquière devint un incubateur de talents où les créateurs pouvaient expérimenter les fruits de leur imagination.

Comment ne pas évoquer les Sons et Lumières qui embrasèrent le mont Jacob plusieurs étés et qui furent un grand succès de foule. Merci Laurent, Ralph, Lorraine, et vous tous dont j’oublie malheureusement les noms.


Grâce à son centre culturel Jonquière vivait une époque de grande effervescence artistique. Son centre était cité en exemple par le ministère des Affaires culturelles qui n’hésitait pas à nous envoyer des observateurs étrangers.

Notre maison était située au bas du mont Jacob, chance appréciée par les parents-taxis que nous étions devenus puisque nos quatre enfants pouvaient maintenant se rendre à pied à leurs cours : Yves en violon et théâtre, Marie en ballet et piano, Jean en violoncelle, François en violon.

Pierrette Gaudreault est aimée du corps professoral et des étudiants. La population de Saguenay reconnait son mérite et sait que tous sont les bienvenus sur la colline. Aucun talent n’est refusé pour des raisons monétaires. La directrice sait dénicher des mécènes pour leur venir en aide. Certains de ces jeunes talentueux (on me pardonnera de taire leurs noms) font maintenant carrière internationale.

Tout va bien jusqu’au jour où elle reçoit un salaire. Certains jeunes loups convoitent sa place. Pour ce faire, ils réussissent à mobiliser au nom de la démocratisation de la culture une cohorte de gens, majoritairement étrangers au domaine culturel, afin d’exiger son remplacement à la direction de l’Institut. Nous sommes dans la foulée des événements contestataires de mai 68. On veut descendre le centre culturel dans la rue, remplacer par le vrai monde cette élite privilégiée qui se paie des loisirs à même le peuple. On caricature les travers de la directrice. On invoque ses fautes de langage. La mesquinerie n’a pas de limite. On veut sa tête et on finit par l’obtenir.

Une part de nous en fut affectée. En collaborant avec cette femme remarquable nous avions la conviction d’avoir servi le peuple et non pas de l’avoir exploité. Il a fallu plusieurs années avant que nous soyons capables de remonter la côte au sens propre et au sens figuré.

Malgré cette grande épreuve, Pierrette Gaudreault ne s’est pas retirée dans ses terres. Elle a continué à faire profiter de son expérience d’autres institutions culturelles et humanitaires de la région du Saguenay jusqu’à la fin de sa vie.

Mon admiration pour cette femme demeure et je suis heureuse de lui rendre hommage aujourd’hui.

mardi 4 janvier 2011

Le petit ber

Je l’ai revu au Musée du Saguenay.

Remontée vertigineuse dans le temps.

Je suis couchée dedans. Mes yeux découvrent les quenouilles tournées de chaque côté du chevet. Une main maternelle actionne le mouvement berceur.

Quel âge ai-je? Deux ans? Peut-être?

Comment dater les premières images de la toute petite enfance?

Maintenant, ce meuble patrimonial repose au musée dans une chambre dédiée aux Tremblay de ma famille. On y voit le set de chambre fait main de mes grands-parents accueillant le petit ber au pied de son lit.

Mon père y a dormi ainsi que ses frères et sa sœur.

Dans la suite des choses, ses neuf enfants et onze petits-enfants aussi.

Je le vois avec émotion ce petit ber, témoin du temps, des êtres qui naissent, qui vivent, qui passent.

mardi 30 novembre 2010

Bardot

Et Dieu créa la femme de Roger Vadim vient de sortir en cette année 1956. Succès mondial. Le film nous dévoile une femme-enfant, féline et sauvage, d’un naturel nouveau au cinéma. Brigitte Bardot séduit et devient le rêve impossible des hommes mariés.

Dans ma naïve certitude de jeune épouse, je suis loin de penser que mon jeune époux a lui aussi a attrapé la Bardotmania.

C’est en rangeant un document dans son bureau que j’en ai eu la révélation. Un album illustré de Brigitte Bardot est là! Je tombe des nues.

Cadeau du ciel, ma sœur Claire vient jouer une partie de scrabble à la maison. Je lui confie mon choc et mes doutes.

Je ne suis pas Bardot, moi…

Du tic au tac elle me donne la réplique avec l’icône masculine dont toutes les femmes raffolent.

Ton mari n’est pas Jean Marrais, non plus.

Cet argument a le don de dédramatiser la chose. Moi-même, je n’étais pas insensible à la beauté de Jean Marais qui ressemblait à un dieu.

Le soir venu, c’est avec mon époux que je feuillette sereinement l’album de photos de Brigitte Bardot.